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Actes du colloque du CSA sur la télévision connectée (Musée du Quai Branly, 28 avril 2011).

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Extrait de l’allocution de clôture de Monsieur Frédéric Mitterrand, Ministre de la culture et de la communication

Monsieur le président du Conseil supérieure de l’audiovisuel, cher Michel Boyon,
Monsieur le président du Centre national du cinéma et de l’image animée, cher Éric Garandeau,
Mesdames et messieurs, chers amis.

Je remercie sincèrement le président Michel Boyon, non seulement de m’avoir invité à clore cette journée de débats, mais également de l’avoir initié, afin de pouvoir débattre collectivement des enjeux et des questions, réelles et fantasmées, que posent les télévisions connectées à internet. Le développement de nouveaux services disponibles sur les équipements connectés, dont vous avez abondamment parlé aujourd’hui, illustre en France une des nouvelles tendances offerte par le numérique, déjà constatée depuis une dizaine d’années : celle de la montée en puissance de réseaux moins régulés par rapport au monde de la diffusion hertzienne, bien que celle-ci reste largement majoritaire dans les usages quotidiens des Français.

Les téléviseurs connectés matérialiseraient ainsi, au coeur même des foyers, la rencontre entre d’une part les services de médias audiovisuels classiques, soumis à une régulation conséquente (protection de l’enfance, encadrement de la publicité, respect de la dignité de la personne humaine, obligation de production et d’exposition des oeuvres européennes et françaises.) et d’autre part l’accès aux services moins régulés de vidéos disponibles en ligne, vidéos notamment générées par les utilisateurs, comme par exemple sur les sites YouTube ou Dailymotion, pour citer un acteur national d’envergure mondial.

L’un des exemples les plus concrets qui vient spontanément à l’esprit concerne le jeune public : il est en effet très délicat, sur le téléviseur du salon, d’assurer aujourd’hui une protection des mineurs aussi efficace sur des contenus nettement moins régulés que sur l’audiovisuel « traditionnel ».
Nous touchons là une question sociétale d’envergure :
- l’équilibre entre l’absolue liberté de la création et la responsabilité de tous, à commencer par les pouvoirs publics, pour définir le cadre dans lequel cette liberté s’épanouit, au bénéfice de l’intérêt général. Si le média télévision est devenu au fil du temps si chers aux Français, et si sa place est confortée avec le virage numérique – comme le montre les dernières études relatives à la consommation horaire de télévision – c’est bien que cette formidable invention a su établir un lien de confiance avec chacun d’entre nous. Cette confiance, ce lien intime, constitue à mes yeux la meilleure garantie pour que puissent se développer la liberté éditoriale de nos chaînes de télévision, se déployer l’inventivité de nos créateurs, et que la télévision puisse ainsi nous rassembler et être un vecteur puissant de lien social. Un autre exemple concret des bouleversements induits par les téléviseurs connectés concerne l’accès aux contenus audiovisuels. L’offre de programme des chaînes de télévision traditionnelles ne risque-t-elle pas d’être perdue, noyée dans l’océan des vidéos qui circulent aujourd’hui sur internet ? Et ce faisant, le rôle de médiation que jouent les éditeurs de chaînes de télévision ne doit-il pas être redéfini, voire conforté ?

Ce sont là des problématiques que l’on retrouve déjà avec la vidéo à la demande. Ce sont là des questions que pointent très justement Dominique Richard dans le rapport qu’il m’a remis récemment sur les perspectives de l’audiovisuel en 2015, et qui est aujourd’hui public. Dans le cadre des constats et préconisations plus larges que dressent Dominique Richard, et qui seront prochainement soumis à la consultation des professionnels sous l’égide des services de mon ministère, mon attention a été particulièrement retenue par ses réflexions concernant les télévisions connectées.
Il s’agit d’un sujet passionnant car nous sommes ici au coeur de plusieurs formes de réglementation, allant de l’autorégulation des acteurs entre eux, à la corégulation, et jusqu’à l’édiction de règles normatives de nature législative.
Faut-il être inquiété par ces bouleversements technologiques ? Faut-il au contraire y voir, pour reprendre les termes employés par Michel Boyon, une « cure de jouvence » pour les acteurs de l’audiovisuel, invités à se projeter vers l’avenir et à étoffer leur offre de service, à enrichir leur relation avec les téléspectateurs ?
Tout est question de proportion, d’équilibre, du rôle que continueront à jouer les acteurs régulés, notamment les éditeurs. Pour ma part, je ne doute pas que nous saurons concilier l’exigence qualitative qui a toujours été la nôtre avec l’évolution des techniques, comme nous avons su le faire par le passé.
Pour certains, la sélection des chaînes par le Conseil supérieur de l’audiovisuel pourrait à terme apparaître comme une procédure toute relative dans un monde de profusion, s’il est aussi aisé, par exemple, d’accéder de manière tout aussi transparente à une chaîne de télévision via une télévision connectée ou une box que si celle-ci était disponible sur la TNT.
Ainsi encore les enjeux liés à la numérotation des chaînes de la TNT seraient-ils à relativiser avec l’apparition de l’interface de services comme la Google TV, qui pourraient donner au téléspectateur une certaine latitude dans l’organisation de l’offre de services. Ces tendances doivent toutefois être appréciées avec circonspection, dans la mesure où elles demanderont à être confirmées et ne devraient produire leurs effets que sur le long terme.
En effet, même si je suis conscient que les nouvelles technologies s’insèrent dans notre quotidien toujours plus vite qu’on ne croit, je sais que nos concitoyens restent profondément attachés à une télévision de « rendez-vous », partagés ensemble au même moment.
Deux risques clairs pour les éditeurs de services audiovisuels sont toutefois aujourd’hui identifiés :
- un nouveau palier dans la fragmentation des audiences, compte tenu de la richesse accrue et de la diversité des offres d’accès aux contenus audiovisuels ;
- la désintermédiation possible entre l’éditeur et le téléspectateur, qui verrait soit des fabricants de tv connectées, soit des détenteurs de droits (par exemple des studios américains) proposer directement des contenus aux téléspectateurs, de manière exclusive.

(...)

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Document : IMG/pdf/CSA_COLLOQUE_tvconnectes.pdf