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Daniel Janicot, La dimension culturelle du grand Paris, Rapport d’étude et de propositions remis à Nicolas Sarkozy, Président de la République, janvier 2012.

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Conclusion

Au terme de cette analyse, l’avenir culturel de notre pays, va s’écrire en partie sur la page du Grand Paris. Par sa population, sa dimension métropolitaine, les forces individuelles et collectives, artistiques et culturelles, économiques et technologiques qu’il rassemble, le Grand Paris sera le laboratoire d’une nouvelle modernité culturelle.

Pour conduire ce changement, une mobilisation forte et inspirée est nécessaire. Elle passera par trois questionnements majeurs, appelant des réponses de fond.

• le premier va concerner la capacité du Grand Paris à mieux s’articuler avec le reste du territoire national. Il va falloir effacer rapidement et énergiquement la frontière qui sépare la métropole-capitale de notre pays et la province dont on a vu qu’elle est, chaque jour davantage, à l’avant-garde des politiques et expérimentations culturelles.

• Le second questionnement porte sur notre capacité – individuelle et collective – à s’impliquer comme acteur, pleinement engagé, dans la vie culturelle, au niveau local comme au niveau métropolitain. Comment le Grand Paris Culturel peut-il éveiller un "désir de culture" qui ne soit pas un rêve mais une réalité. Ce rapport contient de nombreuses propositions qui tendent vers cet objectif. Mais il ne s’agit là que d’un premier mouvement, destiné à être amplifié par la suite, par la participation de tous et de chacun.

• Le dernier grand questionnement invite à dépasser une vision simplifiée et une opposition trop souvent instrumentalisées entre deux points de vue, dont l’affrontement a écrit, à travers les décennies, les pages de notre histoire culturelle :
- un point de vue qui situe la culture au coeur des projets de société, justifiant ainsi de placer la politique culturelle sous la seule responsabilité de la puissance publique. Cette conception appelle un engagement ferme, clair et constant des autorités publiques, nationales et locales, prenant la forme de législations volontaristes et de soutiens financiers conséquents.
- un point de vue qui tendrait à ramener les activités culturelles à un acte de consommation, un choix familial, voire personnel, inspiré par le milieu social, le désir et la capacité de consacrer du temps et de l’argent à des activités culturelles et artistiques et qui cantonnerait l’Etat à un rôle de régulation du champ culturel, laissant aux industries culturelles et au champ associatif le soin de gérer l’accès à la culture.

Il nous semble que le grand chantier de la décennie à venir – et dont le Grand Paris sera un terrain privilégié – consistera à articuler ces deux pôles de la dimension économique de la culture et du caractère public de la culture.

Cette opposition a bien été identifiée comme le coeur des enjeux culturels de demain, par l’enquête de prospective "culture et médias 2030", publiée en mars 2011 par le Département des Etudes de la Prospective et de la Statistique du Ministère de la Culture et de la Communication. Ainsi, c’est vers un point de synthèse que convergeraient les quatre scénarii identifiés par cette enquête à l’horizon 2030.

Notre réflexion a balancé entre l’échéance d’aujourd’hui et celle de demain et donc la nécessité d’anticiper ce que la jeunesse d’aujourd’hui attendra du Grand Paris de demain. Rappelons en effet qu’un tiers de la population francilienne a moins de dix huit ans, ce qui représente 3 869 000 personnes ! Ces jeunes franciliens seront les premiers usagers – et aussi les acteurs – du Grand Paris.

De même, nous avons étudié dans un sens le plus large possible la dimension culturelle du Grand Paris, mais nous sommes conscients que la culture est de plus en plus un phénomène globalisant et qu’il serait nécessaire de mener des études sur d’autres champs d’investigation du Grand Paris : l’éducation et l’enseignement supérieur, la recherche, l’emploi, la santé, la relation inter-générationnelle, dont les interactions contribuent, autant que la culture, à créer du vivre-ensemble et à déterminer les fondamentaux de notre société.
Enfin, ce rapport intervient dans un contexte de renouvellement du débat politique lié à des échéances majeures. Nous l’avons pensé et construit comme un "rapport républicain", destiné à nourrir ce débat démocratique et à rester fidèle à l’esprit même du Grand Paris qui a su rassembler, au-delà des clivages, la communauté nationale.

RELEVE DES PRINCIPALES PROPOSITIONS ET RECOMANDATIONS DU RAPPORT

Consolider le rayonnement international du Grand Paris culturel

• Mettre en place un programme d’"Ambassadeurs de bonne volonté" (Goodwill Ambassadors) du Grand Paris.

• Elaborer un système de classement et d’évaluation de l’attractivité culturelle des grandes métropoles mondiales sur le modèle du classement de Shanghai.

• Accueillir à Paris, à l’UNESCO, une conférence internationale sur les métropoles culturelles mondiales.

• Renforcer la Commission Nationale française de l’UNESCO en lui donnant les moyens nécessaires à son activité.

• Encourager l’inscription des villes du Grand Paris dans les réseaux de coopération culturelle internationaux et européens (Villes créatives, Urbact, ECE, etc.).

• Donner davantage d’écho à la Journée Internationale de la Francophonie et à son déroulement sur le territoire du Grand Paris.

• Mettre en oeuvre les recommandations de Gilles Pélisson en faveur de la relance du tourisme d’affaires dans le Grand Paris et celles du rapport de Philippe Augier pour une politique des "Grands Evénements".

• Relancer la vie nocturne parisienne en améliorant les transports en commun de nuit et en densifiant l’offre de lieux de divertissement en périphérie.

• Créer de nouvelles zones touristiques sur le territoire du Grand Paris et faciliter l’ouverture prolongée des commerces, restaurants, services, lieux culturels le week-end et en soirée.
Renforcer l’hospitalité et l’ouverture à la diversité culturelle du Grand Paris

• Organiser un carnaval de toutes les cultures métissées présentes sur le territoire du Grand Paris.

• Améliorer les conditions d’octroi de visas aux artistes et créateurs dans le cadre d’une réforme du dispositif "compétences et talents".

• Renforcer la présence culturelle de la Chine et notamment celle de son centre culturel.

• Créer un centre des cultures africaines contemporaines.

• Conforter l’activité des centres culturels étrangers à Paris (notamment ceux des pays de l’Europe de l’Est et des jeunes démocraties arabes) et mieux soutenir la Semaine des Cultures Etrangères, qu’ils organisent chaque année.

Faire du Grand Paris une vitrine de la création et de la créativité

• Créer une Cité internationale d’artistes sur le territoire du Grand Paris sur le modèle de la Cité Universitaire du Boulevard Jourdan.

• Mettre en oeuvre le projet de réhabilitation de la Tour Utrillo (Clichy –Montfermeil) en un lieu de création et d’animation artistique.

• Décider d’établir un grand plan en faveur des industries culturelles franciliennes à partir d’un bilan "filière par filière" assorti de moyens financiers, humains et de soutiens spécifiques de l’Etat (Ministère de la Culture et de l’Industrie) et des collectivités locales.

• Etendre la création de clusters et mettre notamment en place :
- un cluster de l’image, des médias et de l’audiovisuel, articulé sous la forme d’un pôle international de l’image,
- un cluster de l’édition, notamment articulé autour de la bande dessinée
- un cluster de la gastronomie, articulé autour de la Cité de la Gastronomie et du Salon de l’Agriculture
- un cluster sur les cultures urbaines appuyé par la création d’un espace de référence en la matière.

• Fixer un quota obligatoire (1% des surfaces bâties) de résidences et d’ateliers d’artistes ou de pépinières de jeunes entreprises innovantes, dans tous les programmes de construction se développant dans le Grand Paris.

• Consolider tous les programmes "jeunes talents" en un seul projet distinctif et faire récompenser, comme aux Etats-Unis, ces talents lors d’une cérémonie présidée chaque année par le Chef de l’Etat.

• Soutenir les jeunes architectes en favorisant, dans le respect des règles de la concurrence, leurs possibilités de concevoir et de construire de nouveaux bâtiments.

• Créer un "master" d’architecture qui pourrait s’intituler "Institut d’architecture du Grand Paris" et prendrait modèle sur le tout nouveau BIArch, le Barcelona Institute of Architecture.

• Confier aux artistes et aux créateurs, dans toutes les disciplines, des actions de mise en scène et de révélation du chantier du Grand Paris à mesure de sa réalisation.

• Etablir un schéma directeur du Grand Paris Numérique avec tous les acteurs du territoire.

• Créer un Grand Paris virtuel, un double 3D en s’inspirant de l’expérience d’Angers et de Poitiers, en mobilisant Cap Digital ainsi que les opérateurs privés.

Encourager l’événementiel et la convivialité sur le territoire métropolitain

• Consolider le Festival de "l’Oh" et conforter son rayonnement métropolitain.

• Renforcer le rôle fédérateur du festival d’Automne et son déploiement à l’échelle du Grand Paris.

• Initier au travers des institutions universitaires et de recherche un état des lieux de la dimension intellectuelle du Grand Paris et créer un festival des idées, interdisciplinaire, sur le modèle d’Adélaïde, Brisbane ou Aspen.

• Renforcer la vocation culturelle de l’Axe Majeur, des Tuileries aux Terrasses de Nanterre, et créer un événement annuel à l’image des célébrations du Kurfürstendamm de Berlin.

• Décider que le Grand Paris accueillera avec l’ensemble des villes françaises, une "exposition nationale", inspirée de l’exposition nationale suisse de 2002, et s’inscrivant dans l’esprit des grandes expositions nationales inventées par la France de la Révolution.

Construire une identité forte pour le Grand Paris

• Doter le Grand Paris d’une identité visuelle et graphique unique et décliner une stratégie pour l’utilisation de la marque et du label "Grand Paris".

• Lancer un appel à projets ouvert aux artistes, graphistes, designers et communicants visuels du monde entier pour la définition du logo Grand Paris.

• Créer une chaine de télévision (TNT) du Grand Paris, à vocation généraliste et fonctionnant 24h/24, s’inspirant de NY1.

• Repenser le mobilier urbain à l’échelle du Grand Paris et privilégier un mobilier urbain interactif, offrant notamment des informations sur l’offre culturelle.

• Favoriser la création de jumelages entre les villes du Grand Paris

• Renommer les villes du Grand Paris : Paris-Asnières, Paris- Aubervilliers, Paris- Argenteuil etc.

Dynamiser les lieux du "vivre-ensemble"

• Intégrer rapidement dans les programmes des gares du futur métro du Grand Paris, avant la mise à l’enquête publique, des projets culturels et artistiques.

• Inventorier les friches industrielles et les bâtiments désaffectés sur le territoire du Grand Paris et défendre une politique de protection ainsi qu’un quota d’affectation culturelle.

• Libérer les usages, en autorisant l’utilisation des écoles, gymnases, etc. pour des activités culturelles et artistiques en dehors des horaires réservés à l’enseignement.

• Renforcer le lien entre culture et université en mettant en oeuvre les propositions du rapport d’Emmanuel Ethis et en faisant des trois campus du Grand Paris des sites pilotes.

• Réunir un comité d’harmonisation paysagère du Grand Paris destiné à mieux maîtriser les impacts paysagers des grands projets urbanistiques.

• Réunir un groupe de travail consacré à la valorisation culturelle de la Seine du Havre à Paris avec les élus, les services concernés, les opérateurs culturels existants ou intéressés et des créateurs, architectes, artistes, sous la responsabilité du Commissaire Général pour le développement de la Vallée de la Seine.

• Revitaliser le réseau d’équipements culturels de proximité (Maison de la jeunesse et de la culture, centres socio-culturels, maisons populaires).

Améliorer la gouvernance culturelle du Grand Paris

• Mettre en place un observatoire culturel pour le Grand Paris en coordination avec l’Observatoire des politiques culturelles de Grenoble pour disposer de chiffres, de données, de statistiques et d’une cartographie culturelle précise et actualisée.

• Initier une politique d’optimisation institutionnelle déclinée en quatre volets par :
a) L’inscription d’un objectif de rayonnement métropolitain dans le cahier des charges des grands établissements culturels de Paris et de la première couronne.
b) L’intensification des mises en réseaux de lieux et d’acteurs culturels.
c) La création de "faisceaux culturels" au bénéfice des zones rurales ou situées à la frange de l’agglomération.
d) Le développement d’offres de billetterie culturelle groupées.

• Elaborer, avec la DRAC Ile-de-France, une classification des projets, initiatives, établissements, programmes de nature culturelle, existants ou projetés sur le territoire du Grand Paris, en trois catégories : projets d’intérêt national, projet d’intérêt métropolitain, projet d’intérêt local.

• Préparer des schémas directeurs de la culture pour chacun des 8 départements de l’Ile-de-France dans le cadre d’"Etats Généraux de la Culture", et les consolider dans un schéma directeur d’ensemble.

• Mettre en place une plateforme de concertation avec les villes situées à une heure de Paris sur les enjeux culturels et touristiques communs.

• Favoriser la mise en réseau du Grand Paris avec les métropoles culturelles régionales françaises par l’intermédiaire d’une Association de coopération et de coordination.

• Créer, à l’instar de Londres, un office de tourisme du Grand Paris unique en fusionnant les structures existantes.

• Raccourcir les délais dans lesquels sont jugés les recours dirigés contre les actes d’urbanisme pour les projets d’intérêt métropolitain en matière scientifique, éducative et culturelle, et relever les amendes de fol appel.

• Mettre en place une structure de gouvernance technique du Grand Paris de la culture sous la forme d’une Agence pour le Développement Culturel du Grand Paris.

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