Accueil du site > Veille éditoriale > Françoise Mosser, Entretiens avec Jean-Philippe Lecat. Ministre de la (...)

Veille éditoriale

Le Cercle Français de Droit des Médias et de la Culture signale volontiers en ces pages des études et des réflexions portant sur l’audiovisuel, le cinéma, l’internet et le multimédia, la Presse et le journalisme, les biens culturels et la propriété intellectuelle, les arts, les spectacles, la police des discours, etc.

Françoise Mosser, Entretiens avec Jean-Philippe Lecat. Ministre de la Culture et de la Communication – 1978-1981, La documentation française, collection « comité d’histoire du ministère de la Culture et de la Communication », 2016, 488 p.

Version imprimable de cet article Version imprimable envoyer l'article par mail envoyer par mail

Cette 37e livraison des Travaux et documents du Comité d’histoire du ministère de la Culture et de la Communication porte sur « une époque du ministère encore peu explorée, celle du septennat de Valéry Giscard d’Estaing », après des monographies consacrées à André Malraux, Jacques Duhamel, Michel Guy, Augustin Girard, Jack Lang. Le projet scientifique confié à François Mosser, conservatrice générale du patrimoine, était de « démontrer comment, dans une période de crise – tant économique que politique – et malgré la faiblesse de ses moyens budgétaires, Jean-Philippe Lecat, ministre libéral – au sens le plus généreux du terme – et visionnaire, avait réussi à maintenir l’essentiel des politiques culturelles et su anticiper ce que seraient les grandes évolutions à venir » (Maryvonne De Saint-Pulgent).

Né à Dijon en 1935 et décédé à Paris en 2011, Jean-Philippe Lecat eut un parcours ordinaire dans la « noblesse d’État » sous la Cinquième République, pour avoir rejoint Paris, la faculté de droit et Sciences Po après son baccalauréat à Dijon, pour avoir ensuite intégré l’ENA dont il sort major en 1963 (promotion Saint-Just), pour avoir choisi le Conseil d’État à la sortie de l’ENA, pour avoir été trois ans plus tard chargé de mission auprès du Premier ministre Georges Pompidou. Cinq ans seulement après être ainsi devenu un « fonctionnaire politique », Jean-Philippe Lecat entrait pleinement en politique, comme député de la Côte-d’Or, comme délégué national de l’UDR chargé des questions d’éducation nationale, d’affaires culturelles et d’information, comme Secrétaire d’État (gouvernements Chaban-Delmas et Messmer), comme ministre de l’Information (1973-1974) et donc comme ministre de la Culture et de la Communication dans le 3e gouvernement de Raymond Barre entre 1978 et 1981.

Ces Entretiens avec Jean-Philippe Lecat consistent en un important recueil d’éléments pour servir à l’histoire du « ministère Lecat » et, plus largement, des politiques culturelles sous la Cinquième République. La première partie du volume est celle qui est composée, à proprement parler, des entretiens que Jean-Philippe Lecat a accordés à Françoise Mosser entre 2008 et 2010. Cette partie compte également différents autres entretiens accordés par l’ancien ministre à des chercheurs ou à des journalistes, ainsi qu’un certain nombre d’interventions radiophoniques ou télévisées. Il est question dans cette première partie du statut de la culture et de la communication dans l’appareil d’État, depuis les rapports de la rue de Valois avec les autres ministères jusqu’aux arbitrages budgétaires, en passant par le travail interministériel. Il y est encore question des grands établissements nationaux (Centre George-Pompidou, Opéra de Paris, Comédie-Française…), des grands travaux présidentiels, de l’action régionale et de la décentralisation, de l’action internationale du ministère, des industries culturelles et du mécénat, des politiques en matière de musées, de cinéma, de théâtre, etc.

La deuxième partie du volume consigne pour sa part des « témoignages spontanés », soit des notes commises par Jean-Philippe Lecat lui-même en complément de ses entretiens avec Françoise Mosser. L’ancien ministre a voulu offrir à la postérité « de courts témoignages relatifs à des thèmes, traités pendant la période [ministérielle], mais susceptibles d’applications contemporaines ». La note consacrée au « fait religieux » retient particulièrement l’attention, notamment pour ses considérations sur différents « dossiers patrimoniaux liés à l’approche du fait religieux » (1) : le dossier de Notre-Dame lorsque le clergé « souhaitait la surélévation du sol, la disparition de la cathèdre et des sièges d’officiants dessinés par Viollet-le-Duc et l’abandon de stalles conçues par Robert de Cotte » ; le dossier de la restauration d’orgues ; le dossier de la présence de la musique sacrée dans les festivals, etc.

La troisième et dernière partie du volume regroupe des textes publiés par Jean-Philippe Lecat après 1981. Les uns portent sur le ministère de la Culture et ses missions. D’autres reviennent sur les activités de l’ancien ministre dans le secteur culturel après ses années ministérielles. L’ancien ministre cède enfin à un intimisme minimal en livrant des souvenirs de jeunesse et en chroniquant ses « sensibilités artistiques ».


(1) Sur cette question, voir la thèse de Mme Irène Couderc : Le domaine public mobilier , thèse de doctorat en droit public, Poitiers, 2015.