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La généralisation de la télévision connectée aux Etats-Unis. Compte-rendu de mission de M. Emmanuel Gabla

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Emmanuel Gabla, membre du Conseil et président du groupe de travail « Nouveaux services et internet », s’est rendu aux États-Unis du 7 au 11 mai dernier pour prendre la mesure des évolutions du secteur audiovisuel. La télévision connectée est maintenant une réalité tangible.

Après une première mission en juillet 2010, Emmanuel Gabla, membre du Conseil et président du groupe de travail « Nouveaux services et internet », a effectué une mission aux États-Unis entre le 7 et le 11 mai 2012, accompagné de François-Xavier Meslon, directeur des études et de la prospective du Conseil. Ce voyage avait pour objectif de mieux mesurer les évolutions touchant le secteur de la télévision et l’impact du développement des terminaux connectés. Dans le cadre de ses travaux sur la télévision connectée, le Conseil souhaite en effet disposer d’une meilleure connaissance de l’évolution des usages des téléspectateurs, analyser la stratégie des opérateurs et appréhender les obstacles éventuels au développement de nouveaux modèles d’affaires.

Le programme, préparé en liaison avec les services culturels de l’ambassade de France, a conduit les représentants du Conseil à New York, à San Francisco et dans la Silicon Valley. Ils ont rencontré des dirigeants de chaînes de télévision (HBO, NBC Universal, Dicovery Communications), un opérateur télécom (Verizon), des acteurs d’internet (Google, Boxee, Netflix) et des responsables de structures de veille technologique et de recherche et développement (Technicolor, Orange Labs, l’Atelier BNP Paribas).

La multiplication de nouveaux services

La télévision connectée est un phénomène tangible, qui s’accélère et peut changer le paysage audiovisuel de manière imprévisible. Le développement du très haut débit fixe et mobile (4G), la généralisation de nouvelles familles de terminaux (téléviseurs connectés, set top box [boîtiers décodeurs], consoles de jeux, téléphones intelligents et tablettes) ont déjà commencé à modifier en profondeur les modes de consommation de la télévision. Ces terminaux donnent accès à une profusion de contenus audiovisuels en tout lieu et à tout moment.

On assiste ainsi à la multiplication de nouveaux services dits « over the top » qui, pour certains, sont déjà largement utilisés :

- 26 millions de foyers américains sont abonnés au service de vidéo à la demande Netflix, qui donne accès, moyennant un abonnement de 7,5 $ par mois, à un large catalogue de films et de séries. Les foyers abonnés utilisent ce service en moyenne 29 heures par mois ;

- Hulu, entreprise codétenue par NBC Universal, Walt Disney Company, News Corp et Providence Equity Partners, propose deux services de télévision de rattrapage et de vidéo à la demande, l’un gratuit et l’autre payant (Hulu Plus) ;

- les chaînes développent leur présence sur internet en proposant un nombre croissant de contenus sur leur site ou sur des applications pour tablettes et consoles de jeux.

Une modification de la chaîne de valeur

Les nouveaux usages permis par la multiplication des terminaux connectés peuvent modifier la chaîne de valeur à tous les niveaux : de la production de contenus jusqu’à leur distribution auprès du public.

Cette mutation technologique est de nature à accélérer la fragmentation des audiences, alors même que la durée d’écoute quotidienne de la télévision reste à un niveau élevé (4 heures 53 minutes, selon Nielsen). Pour les chaînes payantes, les distributeurs (opérateurs du câble, du satellite, fournisseurs d’accès à internet) continuent à jouer un rôle central de référencement et de rémunération des éditeurs (plus de 90 % des foyers américains sont abonnés à une offre de télévision payante). C’est pourquoi la stratégie numérique des chaînes de télévision reste souvent prudente, tentant d’arbitrer entre la défense du modèle économique existant et la nécessité d’adapter l’offre à l’évolution des modes de consommation des contenus.

Un modèle économique à construire

Face à la concurrence des acteurs d’internet, l’enjeu, pour les chaînes de télévision, est de conserver leurs téléspectateurs et leurs abonnés en continuant à proposer des contenus forts et inédits (propriété des catalogues et protection du signal) et en améliorant « l’expérience utilisateur » par la mise à disposition de leurs contenus sur l’ensemble des terminaux, accessibles à tout moment (TV Everywhere). L’exemple du service HBO Go, présenté au cours de cette mission, illustre cette stratégie.

Face à l’abondance des contenus disponibles, les acteurs d’internet veulent accompagner au mieux le téléspectateur dans la recherche de programmes répondant à ses attentes. Ils développent des interfaces simples d’utilisation, cartographient de manière précise les catalogues de contenus audiovisuels et créent des outils de recommandation fins et performants.

Les potentialités de ces outils ont pu être mesurées chez Google TV, Boxee et Technicolor. Le respect des données personnelles et de la vie privée apparaît comme un objectif central. Le laboratoire de Technicolor travaille sur des solutions permettant de « flouter » le profil des utilisateurs, sans pour autant altérer la qualité de la recommandation.

Enfin, les évolutions du marché demeurent incertaines : les stratégies des acteurs sont en constante évolution et, surtout, le modèle économique de la télévision connectée reste à construire.

La mission du Conseil a été riche d’enseignements pour les réflexions entreprises à l’échelle tant nationale qu’européenne. Le Conseil remercie chaleureusement les services culturels de l’ambassade de France aux États-Unis et du consulat général de France à San Francisco pour leur participation à l’organisation de ce voyage d’étude.

Sociétés et personnes rencontrées

À New York :
• HBO : Robert Zitter, Executive Vice President Technology
• Boxee : Avner Ronen, Chief Executive Officer
• NBC Universal : Glenn Reitmeier, Vice President Advanced Technology - Jennifer Pirot, Vice President Digital Distribution - Emily Powers, Director Business Development -
• Discovery : Jean-Briac Perrette, Chief Digital Officer
• Verizon : Chris Boam, Director of International Public Policy & Regulatory Affairs

À San Francisco :

• Orange Labs : Gabriel Sidhom, Vice President Technology Development
• Google : Vincent Dureau, Head of TV Technology (Google TV)
• Netflix : Josephine Choy, Senior Counsel, Business & Legal Affairs - TJ Angioletti, Associate General Counsel - Technology & Transactions
• Technicolor : Jean Bolot, Director Research & Technology
• L’atelier BNP Paribas : Jérôme Rastoldo, analyste stratégique.

La Lettre du CSA n° 263 - Septembre 2012