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Veille éditoriale

Le Cercle Français de Droit des Médias et de la Culture signale volontiers en ces pages des études et des réflexions portant sur l’audiovisuel, le cinéma, l’internet et le multimédia, la Presse et le journalisme, les biens culturels et la propriété intellectuelle, les arts, les spectacles, la police des discours, etc.

Agnès de Luget et Magalie Flores-Lonjou (dir.), L’enfant, le droit et le cinéma, Presses universitaires de Rennes, 2012.

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Cet ouvrage entend proposer « un regard » sur « l’apport mutuel du droit et du cinéma au thème de l’enfant » (p. 15). Cette formulation « mutualiste » des rapports entre enfance, droit et cinéma a quelque chose d’emprunté dès lors que l’ouvrage ne propose pas d’étude qui tende à mettre en évidence l’influence de telle ou telle œuvre cinématographique sur la production normative des autorités publiques en France ou à l’étranger. Cette influence médiate ou immédiate est sans doute plus aisément vérifiable pour des œuvres audiovisuelles non cinématographiques (les documentaires par exemple) que pour des œuvres cinématographiques. Peut-être n’était-il pas non plus opportun de justifier l’ouvrage par « une double actualité juridique et cinématographique » consistant en le vingtième anniversaire de la Convention internationale des Nations-Unies relative aux droits de l’enfant (rapidement présentée comme « [découlant] » de la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948, lorsqu’il faudrait remonter à la Déclaration de Genève de 1924 sur les droits de l’enfant) et le fait pour l’enfance d’avoir « inspiré récemment les cinéastes sans considération de frontières ». En effet, il est peu vraisemblable que des œuvres cinématographiques soient produites en considération d’un objet aussi « lointain » que la Convention des Nations-Unies. D’autre part, la filmographie indexée à l’ouvrage suggère que l’enfance n’ayant jamais cessé d’être éprouvée au cinéma, elle y a donc toujours une actualité.

« La démarche cinématographique », est-il dit, « peut paraître une démarche prétexte. L’enfant est alors un objet de production cinématographique. C’est ce que nous pourrions appeler, l’enfant profit. L’enfant objet de profit des grandes firmes hollywoodiennes, qui trouve son expression dans la catégorie des enfants stars (…). Au rebours de cette attitude, la démarche juridique semble essentiellement caractérisée par une volonté de protection (…). Ainsi même lorsque le droit de l’enfant n’existe pas à part entière, il comporte des règles protectrices, certes fabriquées par des adultes, mais dans un objectif de sauvegarde de l’espèce [sic] » (p. 18). Cette analyse comparative esquissée par l’ouvrage entre « la démarche cinématographique » et la « démarche juridique » peut également être discutée pour plusieurs raisons : parce que le droit n’est pas réductible à une « démarche » (il est fait de prescriptions ou d’habilitations produites suivant des procédures instituées et appliquées en fonction de méthodes d’interprétation et de modes d’argumentation consacrés) ; parce que le cinéma n’est pas davantage réductible à une « démarche » (il est fait d’œuvres reconnues comme étant cinématographiques par des critères autres que ceux tenant aux thèmes éprouvés ou aux « techniques » de mise en scène) ; parce que les « grandes firmes hollywoodiennes » et plus généralement l’Entertainment américain ne sont pas réductibles à la distinction stéréotypée entre le « profit » et l’« art », une distinction qui sourd par ailleurs de l’opposition élitiste (voire oligarchique pour certains) entre « culture d’en haut » et « culture d’en bas ».

Au demeurant, le « droit de l’enfance » n’est pas réductible à l’objectif de protection de celle-ci. C’est encore plus vrai de la Convention internationale sur les droits de l’enfant dont un certain nombre de stipulations consacrent la victoire des « libérationnistes » (favorables à des droits qui concrétisent l’idéal d’un « enfant-citoyen ») sur les « protectionnistes » (favorables à des droits exclusivement tournés vers la protection de l’enfance). C’est instruit de cette considération que l’on se dit que la quatrième partie de l’ouvrage ─ le cinéma révélateur d’un statut juridique de l’enfant ─ aurait pu aller au-delà des quatre contributions qu’il contient sur « la figure de l’instituteur au cinéma », sur l’adoption internationale vue de Holy Lola ou d’Une vie toute neuve, sur la « figure de l’orphelin à partir de Versailles de Pierre Schoeller », sur La Chine est encore loin de Malek Bensmaïl. De très nombreux autres objets juridiques ayant eu une remarquable résonance cinématographique (en France et à l’étranger) étaient en effet envisageables : la gestation pour autrui, la procréation artificielle, l’accouchement sous X, l’éducation à la sexualité, la contraception, l’avortement, les enfants-réfugiés, les enfants-soldats, les addictions, le bizutage, la castration, le couvre-feu administratif ou judiciaire pour mineurs, le droit de correction scolaire ou parental, l’excision, la majorité électorale, la pauvreté, la pornographie…

C’est donc qu’il faut prendre pour elles-mêmes les contributions (inégales, à certains égards) qui constituent cet ouvrage afin de pouvoir y trouver matière à réflexion sur certaines représentations de l’enfance dans certaines œuvres cinématographiques.

Pascal Mbongo