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Veille éditoriale

Le Cercle Français de Droit des Médias et de la Culture signale volontiers en ces pages des études et des réflexions portant sur l’audiovisuel, le cinéma, l’internet et le multimédia, la Presse et le journalisme, les biens culturels et la propriété intellectuelle, les arts, les spectacles, la police des discours, etc.

Collectif, Le patrimoine, oui, mais quel patrimoine ?, éd. Babel, coll. Maison des cultures du monde, 2012.

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Cet ouvrage est la réception éditoriale d’un colloque réuni les 3 et 4 avril 2012 à l’UNESCO. Les contributeurs en sont chercheurs, universitaires, anthropologues, sociologues, ethnologues, conservateurs, juristes, géographes. « L’adoption par l’Unesco, en 2003, d’une Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel », écrit Chérif Khaznadar en ouverture, « allait avoir des conséquences imprévisibles ou tout au moins inattendues (…). La définition extrêmement large et généreuse du patrimoine immatériel – telle qu’elle est rédigée dans la Convention de 2003 – a ouvert, en quelque sorte, la boîte de Pandore. Aux expressions du patrimoine oral et aux traditions spectaculaires et populaires, reléguées jusqu’alors au champ du folklore, s’ajoute l’immense domaine des savoir-faire. Il est inutile de préciser que beaucoup, surtout dans les administrations, se sont retrouvés comme des poules qui auraient trouvé des couteaux ne sachant par quel bout prendre cette convention que les gouvernements s’empressent pourtant de ratifier, ce que fait la France en 2006 ».

Entre autres contributions à résonance juridique immédiate ou médiate, il y a surtout celle de Noé Wagener portant sur Personnes publiques et protection du patrimoine : approche juridique et qui propose une histoire renouvelée de la protection juridique du patrimoine, depuis le premier modèle apparu sous la Révolution jusqu’à un modèle « en cours de constitution », en passant par le modèle promu par les doctrinaires sous la monarchie de Juillet et celui promu par les « administrativistes » à la fin du XIXème siècle. Cette généalogie veut pouvoir penser la protection juridique du patrimoine non pas à partir d’une lecture formaliste des énoncés juridiques comme le font habituellement les juristes (Hans Kelsen est ici ‒ exagérément ‒ convoqué par l’auteur) mais en fonction de la conception de l’État (et de la nation) dont les énoncés juridiques seraient le ressort. Pourquoi pas mais rien n’est plus difficile sur un plan historiographique qu’une telle entreprise : que les doctrinaires aient eu une philosophie intéressante de l’Etat et de la nation est une chose qu’ils aient eu une influence sur les décisions publiques en général et les lois et règlements relatifs au droit du patrimoine en est une autre (influence que l’auteur n’établit pas). Quant aux « administrativistes » (s’agit-il des professeurs de droit administratif seuls ou du Conseil d’Etat aussi ?), il n’y a guère qu’A. Esmein, professeur de droit constitutionnel, que l’auteur donne en exemple et sans que l’on sache si Esmein a articulé sa pensée de l’Etat à un questionnement spécifique sur le « patrimoine ».

Pascal Mbongo