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Comment la révolution numérique fragilise la protection des sources des journalistes. Le New York Times décide d’externaliser ses emails

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« Dans le monde numérique, presque tout ce que vous faites pour communiquer laisse une trace. Souvent, les e-mails sont stockés sur les serveurs, même après qu’ils sont supprimés. Les appels téléphoniques créent un archivage détaillant les numéros appelés, quand et pour combien de temps. Votre téléphone mobile peut enregistrer l’endroit où vous êtes. Si vous êtes un journaliste essayant de protéger une source confidentielle, il est très difficile de travailler dans un tel contexte. « Cela fait des années que je le crie à ma rédaction ... », dit Julia Angwin, qui couvre la sécurité informatique et la vie privée au Wall Street Journal.

C’est dans ce contexte que le New York Times a décidé d’externaliser son e-mail à Google. Cet été, le journal a déménagé tous ses journalistes sur les comptes Gmail destinés aux entreprises. Avant ce transfert, les emails du New York Times étaient stockés sur des serveurs lui appartenant ; maintenant, ces messages sont pris en charge par un classeur numérique de Google.

Contrairement à Gmail librement utilisé par des millions de consommateurs, les comptes Gmail pour entreprises coûtent de l’argent à ces entreprises et offrent une plus grande protection de la vie privée. Mais cette protection n’est pas complète, et elle peut avoir en contrepartie une moins grande protection juridique des journalistes et du New York Times en cas d’enquête policière. Angwin fait valoir que l’une des raisons pour lesquelles tant de journalistes ont été incapables de protéger leurs sources, c’est parce que leurs données sont collectées par des tiers. L’année dernière, lorsque le ministère de la Justice enquêtait sur une fuite relative à un complot terroriste déjoué au Yémen, il n’a pas assigné les journalistes d’Associated Press mais est allé chez Verizon et a demandé les dossiers d’appels entrants et sortants des bureaux d’Associated Press. Les enquêteurs accèdent également aux comptes de messagerie privée des journalistes notamment à la faveur de réquisitions fondées sur des motifs fallacieux.

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« Tout cela, y compris les révélations sur Associated Press, a contribué à rendre les sources nerveuses », explique Jennifer Valentino-DeVries, également du Wall Street Journal. « Même les gens qui ne discutent pas des informations particulièrement sensibles avec moi vont échanger sur la possibilité que mes e-mails et mes appels téléphoniques soient surveillés. Cela est déconcertant ».

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Le New York Times n’est pas le seul média à externaliser son e-mail. Dans un communiqué, le journal dit avoir examiné de près les questions juridiques soulevées par cette démarche et être confiant sur son accord avec Google, un accord qui, combiné avec les précautions prises par les journalistes renforce la protection des informations sensibles. En l’état, le New York Times considère que les hackers sont une menace plus grande que les enquêtes policières ou les réquisitions policières adressées aux grands acteurs de l’Internet et des télécommunication et fondées sur des motifs fallacieux ».

Steve Henn, “Switching To Gmail May Leave Reporters’ Sources At Risk”, NPR, 16 août 2013.

17 août 2013