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Veille éditoriale

Le Cercle Français de Droit des Médias et de la Culture signale volontiers en ces pages des études et des réflexions portant sur l’audiovisuel, le cinéma, l’internet et le multimédia, la Presse et le journalisme, les biens culturels et la propriété intellectuelle, les arts, les spectacles, la police des discours, etc.

François Jost, « TÉLÉVISION ». Une revue pour penser la télévision, CNRS Editions, 2010.

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Le premier numéro de Télévision vient de paraître. Cette publication a la caractéristique d’être la première revue scientifique francophone consacrée uniquement à la télévision. Éditée par CNRS Éditions, Télévision est dirigée par François JOST, Professeur à la Sorbonne Nouvelle-Paris III et Directeur du Centre d’Étude sur les Images et les Sons Médiatiques. Il répond à nos questions.

Q. Pourquoi consacrer une revue à télévision ?

R. Neuf Français sur dix regardent au moins une fois par jour la télévision, ses programmes sont constamment annoncés, critiqués, discutés dans les médias… C’est donc un sujet qui passionne le public. Mais, la plupart du temps, ces approches du média sont polémiques, empreintes de jugements à l’emporte-pièce. Récemment encore, la diffusion du Jeu de la mort sur France 2 tentait de montrer la dangerosité de la télévision et de la condamner, réduisant le débat à une alternative simpliste : la regarder et être manipulé ou l’éteindre. Pourtant, dans l’université, notamment depuis l’ouverture du Dépôt Légal, la télévision est devenue un objet de recherche sérieux, abordé par des disciplines multiples : histoire, sémiologie, sociologie ou droit. Des enseignements se sont développés et de nombreuses thèses ont été soutenues. Des collections de livres se sont créées pour publier ces recherches, mais il fallait attendre parfois longtemps pour publier dans des revues, dans l’espoir qu’un numéro spécial soit consacré à la télévision. J’ai donc souhaité créer un support où tous ceux qui ont quelque chose à apporter sur cet objet puissent publier. Après tout, les seiziémistes, les linguistes, les historiens de l’art ou les juristes ont des lieux pour communiquer leurs recherches… pourquoi ceux qui travaillent sur la télévision n’en auraient pas ?

Q. Pour être d’abord une revue savante, Télévision est-elle ouverte à toutes les approches pouvant exister en la matière ?

R. Il est très difficile de comprendre les médias en général et la télévision en particulier sans croiser les approches. La télé-réalité en est un bon exemple : d’un point de vue formel, on peut faire sa généalogie et montrer comment elle s’ancre dans l’histoire des reality-shows ; d’un point de vue économique, on peut expliquer l’intérêt qu’elle a pu avoir pour les chaînes ; d’un point de vue juridique, on peut s’interroger sur la notion de « format audiovisuel », sur le droit à l’image ou sur le fait de savoir s’il s’agit d’un jeu ou d’un travail comme on l’a vu notamment avec l’Île de la tentation … La revue est donc ouverte à différents types d’expertise. Seulement, pour éviter une trop grande dispersion, chaque numéro comportera un dossier autour d’un thème donné.

Q. La première livraison consacre un dossier au thème Télévision et réalité. Comment faut-il comprendre ce thème ?

R. Télévision et réalité en effet et non « télé-réalité ». L’idée de cette livraison est de dépasser le parasitage de l’idée même de réalité qu’opère la télé-réalité. Dès que l’on parle de réalité pour la télévision, deux écoles s’affrontent : les partisans de la « transparence », qui affirment qu’elle est une fenêtre sur le monde, et les « constructivistes », qui ne voient dans la représentation du réel qu’une construction. Or la question est moins de savoir ce qu’est la réalité en soi, ce qui est déjà une vaste affaire, que de déterminer quelle réalité nous promet la télévision. En étudiant les différents genres – l’information, le direct, le reportage, la télé-réalité, bien sûr, et le « télé-coaching » –, on voit que cette conception varie selon les genres, entre promesse de restitution, de reconstitution et, plus rarement, d’invention.

Q. Quels sont, plus précisément, les sujets abordés ?

R. Il n’est pas facile de résumer la diversité des approches en quelques lignes. On trouve aussi bien une étude de réception sur le premier programme qui a tenté de brouiller les frontières réalité-fiction, dans les années 60, Jeu de société (G. Poels), qu’une généalogie des formats de télé-coaching (F. Antoine), un parallèle entre la campagne du Président Lula et le succès de Big Brother au Brésil (F. Andacht), un article sur la citation télévisuelle (M.-F. Chambat-Houillon), un texte sur la censure, un autre sur les bandes-annonces, etc. Les contributeurs sont des chercheurs confirmés, réputés, mais il y a aussi des jeunes. Il y a aussi dans ce premier numéro un article traduit qui préfigure des publications de chercheurs étrangers importants non lus en France. Il y a aussi, à chaque numéro, une interview d’un professionnel qui a marqué l’histoire de la télévision. Dans ce premier numéro, c’est Alexandre Tarta, qui a commencé sa carrière de réalisateur en 1952 et qui a réalisé tellement d’émissions en direct, qu’il était intéressant d’interroger sa relation à la réalité.

Q. Est ce que Télévision ne s’intéresse qu’à la télévision française ?

R. Non. Nous avons la chance en France de pouvoir consulter des milliers d’heures de programmes au Dépôt légal, l’Inathèque de France, ce qui nous permet des études très précises. Mais cela n’empêchera pas des études comparatives ou, même, des monographies sur d’autres pays. Ainsi, le prochain numéro devrait être consacré à la télévision culturelle. On s’interrogera sur ce que peut signifier cette appellation dans différents pays et, notamment, aux États-Unis, où existe une télévision publique bien différente de la nôtre.

Propos recueillis le 29 avril 2010 par Pascal Mbongo
Publication sur le site de l’AFDMC : le 13 mai 2010

Télévision est disponible en librairie ou sur le site : www.cnrseditions.fr – 25 € (France)