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Veille éditoriale

Le Cercle Français de Droit des Médias et de la Culture signale volontiers en ces pages des études et des réflexions portant sur l’audiovisuel, le cinéma, l’internet et le multimédia, la Presse et le journalisme, les biens culturels et la propriété intellectuelle, les arts, les spectacles, la police des discours, etc.

Marie-Luisa Frick, Pascal Mbongo, Florian Schallhart (éd.), PluralismusKonflikte - Le pluralisme en conflits, Lit Verlag, 2010.

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De l’importante littérature qu’il a inspiré, l’on peut extraire cette simple idée que le pluralisme est une conception philosophico-politique qui, dans sa dimension descriptive, veut qu’il y ait dans la société une pluralité d’opinions, de croyances, d’identités, de morales et d’intérêts, et qui, dans sa dimension prescriptive, veut que la garantie et la promotion de cette pluralité comptent parmi les exigences nécessaires de toute association politique fondée sur la liberté des individus et l’égalité des citoyens. Il est néanmoins entendu que chacune de ces dimensions du pluralisme se prête à un questionnement et que ce standard juridique est particulièrement sous tension.
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La dimension descriptive du concept de « pluralisme » suppose, en effet, une société d’individus, avec la question subséquente de savoir si l’individualisme est une caractéristique exclusive des sociétés occidentales. Or cette question est tout sauf simple pour deux raisons initiales. En premier lieu, il n’y a pas de consensus initial sur le fait de savoir si, comme le veut une certaine tradition intellectuelle, l’individualisme est un ensemble de manières d’être caractéristique de la modernité ou s’il faut plutôt le considérer, avec Louis Dumont, comme une idéologie (Homo aequalis I. Genèse et épanouissement de l’idéologie économique, Paris, Gallimard, 1977, rééd. : 2008) – une idéologie dont Louis Dumont considérait qu’elle recouvrait y compris des principes tels que la souveraineté du politique ou la privatisation de la croyance religieuse et que l’artificialisme en expliquait certaines conséquences politiques et sociales (violences collectives et totalitarismes compris) (Essais sur l’individualisme, Paris, Le Seuil, 1983, rééd. : 1991). D’autre part, même envisagé seulement comme un ensemble de manières d’être du sujet, l’individualisme se comprend historiquement et sociologiquement sous trois registres distingués par Michel Foucault, celui de l’« attitude individualiste », celui de la « valorisation de la vie privée », celui de l’« intensité des rapports à soi » (Histoire de la sexualité. III : Le souci de soi, 1984, rééd. : Gallimard, 1997).
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Appréhendé dans sa dimension prescriptive – c’est celle au fond que le droit formalise sous des catégories légales telles que le droit à des élections libres, le droit à la vie privée, la liberté de pensée, la liberté de conscience, la liberté de religion, la liberté d’expression, la liberté de réunion, la liberté d’association, la liberté de manifestation – le pluralisme suppose à la fois un individu « tolérant » et un État neutre. Pour autant, aucune de ces propositions ne va de soi. La tolérance d’abord, au-delà du voile romantique et des propriétés magiques dont ce concept est revêtu dans le langage des médias : s’agit-il d’une aptitude de l’individu ou d’un construit juridico-politique ? S’il s’agit d’une aptitude de l’individu, est-elle à la portée de chacun et est-elle compatible avec cette « transcendance de soi » (l’expression est de Nicole Aubert (dir.), L’Individu hypermoderne, Toulouse, Éditions Érès, 2004) caractéristique de l’hypermodernité ? La tolérance s’entend-elle seulement comme principe de non-immixtion dans les actions et les opinions d’autrui ou faut-il la concevoir positivement et dynamiquement comme une balise de ce que Paul Ricœur appelle des « parcours de la reconnaissance » (la reconnaissance comme identification d’un objet ou d’une personne, la reconnaissance de soi, la reconnaissance mutuelle) ?
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De ce que la notion de « pluralisme » est une occurrence courante de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme, la tentation existe – spécialement chez les juristes – d’en inférer que la Cour en aurait sinon une « théorie » particulière, du moins une « doctrine spécifique ». On voudra plutôt constater que ces occurrences ont souvent un caractère axiomatique, péremptoire et standardisé, un bréviaire qui sert à la Cour à « gérer », sans préjudice des sensibilités propres à chaque société politique européenne, des questions constamment renouvelées, celles-ci se cristallisant depuis les années 1980 autour d’une « inquiétude laïque » et d’une « inquiétude morale ».
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ISBN 978-3-643-50238-4