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Veille éditoriale

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Maryvonne de Saint-Pulgent (dir.), Jack Lang, batailles pour la culture. Dix ans de politiques culturelles, La documentation française, coll. « Comité d’histoire du ministère de la culture », 2013.

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Durant l’été 2011, France Culture a eu l’heureuse idée de proposer à ses auditeurs un programme de près de 18 heures consacré à la politique culturelle sous les « années Jack Lang » : Batailles de la culture. De cette initiative d’Olivier Poivre d’Arvor produite par Maryvonne de Saint Pulgent, on dispose donc à présent de la version livresque, laquelle ne peut être aussi remarquable et utile (aux chercheurs notamment) que parce que la conception du programme de France Culture était particulièrement maîtrisée. Ce sont donc 6 chapitres qui constituent l’ouvrage(1), les 5 premiers chapitres étant composés d’un entretien entre Maryvonne de Saint Pulgent et Jack Lang puis d’une table ronde entre des acteurs et des penseurs du champ culturel.

Jack Lang donc et cet autoportrait (plutôt sans surprise) par lequel s’ouvre l’ouvrage. Il n’y avait peut-être qu’une juriste, Mme de Saint Pulgent pour faire l’hypothèse d’une résonance de la qualité initiale de professeur de droit de Jack Lang sur sa production normative comme ministre de la culture et de la communication. « Pas tellement, me semble-t-il justement », se défend Jack Lang. « J’ai produit très peu de lois. Je ne suis pas favorable à cela : trop de ministres font trop de lois, trop longues, trop verbeuses et inutiles. Sur les dix ans où j’ai été ministre de la Culture, et les douze si j’inclus les années que j’ai passées au ministère de l’Education nationale, je n’ai été à l’origine que d’un petit nombre de lois, mais de lois qui, je crois, ont compté, pour le meilleur ou pour le pire. La loi sur le prix unique du livre ne comprend par exemple qu’une douzaine d’articles. La loi sur les droits d’auteur, qui date de 1985, est un peu plus dense, parce que son sujet est plus complexe ».

Jack Lang cède quelque peu ici à l’uchronie en relisant la qualité légistique des textes produits sous son autorité dans les années 1980 à l’aune d’un discours politique et juridique – celui de « l’inflation législative » − qui ne date pour sa part que de la fin des années 1990. Mais cette réécriture n’est pas un problème en soi dès lors que le travail historiographique consiste précisément à questionner y compris le récit que les acteurs eux-mêmes font des événements auxquels ils ont pris part. Au demeurant, celui de Jack Lang n’est pas éclairant sur les raisons pour lesquelles il fut nommé rue de Valois lorsque Jack Ralite y était « plus attendu » et semblait « plus légitime » pour être le premier ministre de la culture de la gauche au pouvoir sous la Cinquième République.

Contribuer à penser les « années Jack Lang » à la lumière des enjeux contemporains, telle est l’idée qui traverse l’ouvrage, ce à partir d’un certain nombre de « questions d’époque et d’aujourd’hui » pertinemment exposées par l’historien Laurent martin : « Questions de l’enrôlement des artistes au service d’une cause politique, voire politicienne. Question également, sinon d’un art officiel, du moins de flatteries réciproques, d’un régime de faveur, dont a pu bénéficier tel ou tel artiste. Question de l’importance jugée parfois démesurée et intéressée donnée à la création sur d’autres missions comme la conservation du patrimoine que l’on accusa le ministère Lang de négliger comme on avait accusé le ministère Lecat d’avoir négligé la création. Et puis les questions essentielles qui avaient été posées avant 1981, et qui le furent de nouveau par la suite : l’accent et l’argent mis sur la création ont-ils fait avancer ne serait-ce que d’un pas la démocratisation culturelle ? La politique de l’offre culturelle par la multiplication des équipements et des moyens humains a-t-elle fait venir à la culture ceux qui se tenaient à l’écart ? La professionnalisation des artistes et le primat de l’excellence artistique n’ont-ils pas provoqué l’inflation des coûts de production et le gonflement des effectifs préparant les crises futures du système de protection sociale des intermittents du spectacle ? »

(1) Le ministère et ses créateurs – Les grands travaux – Les grands travaux – Les industries culturelles – La place de la culture française dans le monde –Documentaires (Les fonds régionaux d’art contemporain – Les radios libres – La fête de la musique)