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Veille éditoriale

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Michel Melot, Mirabilia. Essai sur l’Inventaire général du patrimoine culturel, Gallimard, Bibliothèque des idées, 2012.

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« Les terres inconnues de l’art et du patrimoine », écrit Michel Melot dans son prologue, « j’ai pu en explorer les confins en dirigeant l’Inventaire général du patrimoine de 1996 à 2003. Je voudrais dans ce livre donner un aperçu de tout ce que j’y ai appris, de mes admirations, de mes étonnements, et de toutes les leçons que l’on peut en tirer. J’ai été plus d’une fois soumis à la question que Roger Caillois avait déjà posée à Malraux : Mais enfin, votre Musée imaginaire, c’est n’importe quoi ? Et Malraux de répondre : Non, mais chacun doit y trouver son trésor. La question s’est compliquée du fait que Malraux n’avait en tête qu’un musée imaginaire des beaux-arts. Notre musée imaginaire est devenu un musée de société qui rassemble, au-delà de l’art, tout ce qu’on nomme sans le comprendre « patrimoine culturel », cependant n’importe quoi peut le devenir. Ce livre n’est ni une histoire, encore moins une théorie de l’art, mais des éléments vécus pour poser ces questions ».

Ces lignes rendent compte de la texture générale de l’ouvrage de Michel Melot : une leçon magistrale d’histoire intellectuelle, politique, juridique et administrative de l’Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France, une leçon très instructive certes mais également très plaisante du fait de la belle plume de l’auteur, de sa forme d’esprit et de cette pointe de mélancolie qui n’est jamais empreinte de nostalgie ni de désenchantement.

« L’inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France, que créa André Malraux en 1964, a vécu quarante ans. Loin d’être fini, car il ne le sera jamais, il s’est démultiplié comme un être prodigieux. Par une loi du 13 août 2004, l’Etat en a confié la charge à ses vingt-sept régions. Il ne s’agissait pas d’une simple mesure de délestage budgétaire, mais d’un changement d’échelle. Le cadre national était devenu trop lourd et embroussaillé pour contenir le gonflement irrépressible de ce qu’on appelle aujourd’hui le patrimoine culturel. »

L’analyse proposée par Michel Melot est d’autant moins bornée par le « moment 1964 » ou le « moment 2004 » qu’elle consiste plutôt en une réflexion générale mais systématique sur le patrimoine. Comment et pourquoi le jugement esthétique a-t-il été étendu (bien avant le vingtième siècle) aux usines, et plus généralement aux objets industriels ? Qu’est-ce qu’un « métier d’art », cet objet juridique non-identifié puisqu’il ne s’agit « ni de métiers artisanaux comme les autres, ni des petites entreprises comme les PME, ni de l’art à l’état pur » ? A quels standards formels doit correspondre la photographie d’inventaire, et comment interpréter ces standards tels qu’ils ont été définis en 1969 (« les photographies d’ensemble seront prises le plus souvent du point de vue naturel » - « les photographies d’un édifice seront cadrées de manière à obtenir une élévation entière en perspective axiale, ceci pour obtenir une orthographie aussi exacte que possible » - « l’opérateur travaillera autant que possible à la lumière du jour ») ? Qu’est-ce que la culture pour l’UNESCO ? Comment penser corrélativement l’ethnologisation de l’art et l’esthétisation de l’ethnologie ? Etc.

Pascal Mbongo