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Veille éditoriale

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Michèle Dardy-Cretin, Histoire administrative du ministère de la culture et de la communication. 1959-2012, La documentation française, coll. Travaux et documents du Comité d’histoire du ministère de la culture, 2012.

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L’ouvrage de Michèle Dardy-Crétin est un bréviaire actualisé et précis de l’histoire administrative du ministère de la culture et de la communication. L’auteur a lu tous les décrets portant nomination des membres du Gouvernement depuis 1958, de manière à pouvoir rapporter les évolutions du statut gouvernemental du ministère. De la même manière, elle a lu tous les décrets d’attribution des membres du Gouvernement de manière à pouvoir restituer l’évolution de la définition réglementaire des missions du ministère, une évolution qui a connu des moments singuliers ou cocasses, comme lorsqu’en 1977, Michel d’Ornano a bénéficié d’un élargissement du périmètre du ministère à l’environnement et au tourisme. Délesté de cette encombrante charge un an plus tard – avec pour conséquence le rattachement de la Direction de l’architecture au Ministère de l’environnement et du cadre de la vie – le ministère voit dans le même temps son champ d’action s’étendre à la communication, celle-ci n’ayant cependant pas été retenue dans le périmètre de Jack Lang en 1981 mais confiée à Georges Fillioud. D’autres expérimentations plus ou moins hasardeuses (la francophonie) n’ont pas moins ponctué la définition réglementaire du périmètre du ministère.

A la (re)lecture des décrets d’attribution du ministère depuis 1981 – qui sont quasiment tous reproduits dans l’ouvrage – l’on est tenté de voir dans leur rédaction instable une figuration des représentations de ce qu’est la culture pour nos gouvernants. Vraisemblablement cette tentation doit-elle être écartée. Aussi bien parce qu’on ne saurait, en bonne historiographie, prendre pour argent comptant les discours des acteurs que parce que, précisément, des motivations de type dogmatique (autrement dit la « philosophie » du président de la République et/ou du Premier ministre à propos de tel champ social) ne sont pas les seules à déterminer la substance des décrets d’attribution des membres du Gouvernement : les rapports de force politique entre ministères plus ou moins connexes (ici le ministère de l’éducation nationale et sa maîtrise institutionnelle de la culture à l’école, le ministère des affaires étrangères et son « hébergement » du réseau culturel français à l’étranger, etc.) ne comptent pas moins que l’« équation personnelle » de chaque ministre ou la logique communicationnelle de tout gouvernement (ce qu’il est usuel d’appeler de manière dépréciative les « effets d’affichage »). Le Conseiller d’Etat Jacques Fournier a bien expliqué ces choses dans son ouvrage de référence – Le travail gouvernemental (Presses de Sciences Po) – auquel on se reportera volontiers pour comprendre, dans une logique de science administrative, y compris la topographie des administrations centrales du ministère de la culture rapportée par Mme Dardy-Cretin (de l’augmentation du nombre de ces administrations entre 1959 et 2002 à leur « restructuration » depuis 2010 autour de quatre grands pôles).

L’ouvrage de Michèle Drady-Cretin compte au nombre des travaux du Comité d’histoire du ministère de la culture. Aussi se surprend-on à se demander si, sous bénéfice d’inventaire, de tous les comités d’histoire dont sont adjoints certains ministères, celui du ministère de la culture et de la communication, avec certes des angles morts dans ses curiosités, n’est pas le plus fécond.

Pascal Mbongo