Accueil du site > Veille éditoriale > Philippe Poirrier (dir.), Démocratiser la culture. Une histoire comparée des (...)

Veille éditoriale

Le Cercle Français de Droit des Médias et de la Culture signale volontiers en ces pages des études et des réflexions portant sur l’audiovisuel, le cinéma, l’internet et le multimédia, la Presse et le journalisme, les biens culturels et la propriété intellectuelle, les arts, les spectacles, la police des discours, etc.

Philippe Poirrier (dir.), Démocratiser la culture. Une histoire comparée des politiques culturelles, Actes de la journée d’études organisée par le Comité d’histoire du ministère de la culture et de la communication le 9 février 2012 au Centre d’histoire de Sciences Po, mars 2013.

Version imprimable de cet article Version imprimable envoyer l'article par mail envoyer par mail

(...) L’analyse comparée a notamment le mérite de permettre un pas de côté, afin de mieux mettre en évidence les singularités nationales. La cause semble aujourd’hui entendue, et les vertus de l’histoire comparée, de l’histoire des transferts culturels, de l’histoire croisée et de l’histoire connectée sont reconnues, certes non sans débats et nuances, à l’heure de la globalisation et de l’internationalisation de la scène académique. Il n’en reste pas moins vrai que le jeu des échelles est à mobiliser, et à articuler en fonction des objets de recherches et des problématiques. Il serait pour le moins hasardeux de passer brutalement d’un dogme et d’une mode historiographique à l’autre : on perdrait d’un côté ce que l’on gagnerait de l’autre. Aussi l’analyse dans le cadre national reste à bien des égards essentielle. Depuis deux siècles, c’est dans ce cadre-là que se sont élaborées les politiques publiques de la culture à l’heure de la construction et de l’affirmation des Etats Nations (*). La connaissance fine de l’histoire des politiques culturelles nationales nous semble un préalable indispensable à la comparaison.

Des travaux récents, qui ont choisi ce cadre méthodologique, ont permis de souligner de grandes tendances qui gouvernent les politiques culturelles nationales depuis les lendemains de la Seconde Guerre mondiale, et qui participent d’une évolution que l’on peut décomposer en quatre étapes successives : 1/la construction d’une politique systématique d’offre culturelle à partir d’une définition restreinte de la culture éligible à l’intervention publique et à partir d’une conception verticale de la démocratisation par conversion ; 2/une décentralisation progressive de l’action publique, qui provoque une différenciation croissante de ses missions et de ses fonctions, et qui soumet à contestation le modèle universaliste et unanimiste initial ; 3/une révision du champ d’intervention légitime de l’action publique, qui déclare symboliquement obsolète l’une des hiérarchies fondatrices de la politique culturelle, celle qui opposait la culture savante, objet de protection à l’écart des lois du marché, à la culture de divertissement, gouvernée par les lois de l’économie industrielle ; 4/une justification croissante de la politique culturelle par ses contributions à la croissance économique et à l’équilibre de diversité sociale des nations, qui fonde en légitimité le pouvoir régulateur de l’action publique, mais aussi les incitations à une expansion des « industries créatives » et les exigences d’évaluation des procédures et des résultats. Les études de cas montrent des décalages chronologiques d’un Etat à l’autre, et soulignent l’inertie, dans une moyenne durée, de l’action publique. En filigrane, c’est également la place des arts et de la culture dans la construction des Etats nations qui est discriminante (*).

Les contributions de ce volume, principalement centrées sur le second XXe siècle, envisagent de restituer la forme prise par la thématique de la démocratisation de la culture dans quelques Etats. Cette question accompagne l’institutionnalisation des politiques publiques de la culture, notamment la mise en place de ministères de la Culture. Elle déborde cependant cette seule gestion administrative et politique des politiques publiques et est largement mobilisée par les acteurs des mondes de l’art et de la culture, ainsi que, dans certaines configurations nationales, par les intellectuels. La démocratisation de la culture concerne également d’autres politiques publiques, notamment les politiques de l’éducation, et est souvent discutée lorsque le rôle des médias dans la construction et la transmission de la culture fait l’objet de débats, ou de dispositifs réglementaires dans le cadre de cahiers des charges imposés aux télévisions publiques (*).

Extrait de l’introduction de Philippe Poirrier.

Lire les actes en ligne