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Veille éditoriale

Le Cercle Français de Droit des Médias et de la Culture signale volontiers en ces pages des études et des réflexions portant sur l’audiovisuel, le cinéma, l’internet et le multimédia, la Presse et le journalisme, les biens culturels et la propriété intellectuelle, les arts, les spectacles, la police des discours, etc.

Robert Maggiori, Le métier de critique. Journalisme et philosophie, Seuil, 2011.

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(...) Le grand Georges Steiner lui-même appelle cet effacement de ses vœux. Il a certes raison de « pousser des cris d’horreur » en voyant ses étudiants de Cambridge qui, alors qu’ils s’apprêtent à discuter en examen la perception que Thomas S. Eliot a de Dante, sont … dispensés de lire Dante et, souvent, n’ont pas même lu un vers de La Divine Comédie. Mais sa critique de la critique, à savoir de l’idée que les sens des arts et de la littérature (ajoutons la philosophie), les sens de l’« œuvre authentique » puissent être recouverts du voile épais et bariolé des commentaires journalistico-universitaires, ou disparaître sous le poids des théories qui gomment la différence entre les commentaires et le texte, réduisant celui-ci à un prétexte ou un intertexte, est bien plus radicale et, en même temps, positive, puisqu’elle vise en réalité à ce que, dans le ground zero de feu la critique, fleurisse une plus « responsable » critique créatrice (…). On peut donc se passer de la critique. Il suffit que le sens de l’art « réponde » au sens de l’art, le poursuive infiniment. La plus féconde lecture de l’art, c’est l’art, la parole qu’échangent les artistes, et la lecture du… lecteur, qui lit un livre ou écoute une symphonie, sera lecture privée de médiation, une rencontre imprévue avec le Sens, laquelle se reconnaît en ce qu’elle « change la vie » - comme, au coin de la rue, la rencontre avec un ami, un ennemi mortel, un amant, le destin peut-être.
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